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mercredi 20 juin 2018

La femme brouillon, Amandine Dhée



Petit livre percutant d'à peine 86 pages (j'en aurais lu cent de plus avec plaisir), cette "femme brouillon" nous parle de maternité.

De la grossesse, du sentiment de ne (déjà) plus s'appartenir. Des conseils contradictoires, du Larousse à la voisine. Du regard des autres, de ses angoisses de ne pas être à la hauteur, elle la femme brouillon, celle qui n'est que pagaille.

Viennent ensuite l'accouchement, les visites à la maternité, l'allaitement plus difficile que ce qu'on lui avait dit. Et le retour à la maison, les nuits pourries, le sentiment de ne plus s'appartenir, mais d'être entièrement vouée à ce petit être sans cesse en demande.

Avec franchise et humour, Amandine Dhée nous raconte sa maternité, ses difficultés à y trouver sa place, en tant que féministe, au milieu de cette société qui prône la Mère Parfaite.

Parentalité positive et bienveillante, éducation, temps à trouver pour soi, retour au travail, rôle du père, autant de thèmes qui toucheront toutes les mères, abordés avec un style vif et enlevé, bourré d'humour.

Lu d'une traite dans le train, tantôt riant tout haut, tantôt murmurant "c'est bien vrai, ça", j'ai adoré ce petit livre percutant, que j'ai depuis envie d'offrir à toutes mes amies mamans, et que j'envisage de relire, stabilo à la main, pour fluoter mille et unes phrases.







"La femme brouillon", Amandine Dhée, La Contrallée, 2017, 86 p.

vendredi 15 juin 2018

Un mariage anglais, Claire Fuller




Dès les premières lignes, j'étais ferrée.

Prise dans une grande histoire d'amour, de couple, de trahison, mais aussi de livres, de littérature, d'écriture, de création.

Ingrid est mariée au célèbre écrivain Gil Coleman, qui fut d'abord son professeur de littérature à l'université. La belle étudiante et le charismatique professeur entament une liaison, et très vite Ingrid se retrouve enceinte. Désormais mariée à Gil, avec deux enfants, Ingrid est cloîtrée à la campagne tandis que Gil joue à l'écrivain à succès, en multipliant les conquêtes. Frustrée, la jeune femme entreprend l'écriture de lettres à son mari, qu'elle dissimule dans ses livres ... Et un jour, Ingrid disparaît sans laisser de traces.

Onze ans plus tard, Gil croit apercevoir sa femme disparue, se lance à sa poursuite et se blesse. Nan et Flora, leurs deux filles, veillent alors sur lui, tandis que le lecteur découvre une à une les lettres d'Ingrid, qui entend dire "sa vérité sur leur mariage".

Quel immense coup de coeur que ce roman !

L'histoire alterne les lettres d'Ingrid, qui dévoile son mariage avec Gil depuis leur rencontre, et les chapitres dans ce présent où elle a disparu depuis des années. Je me suis plongée dans cette lecture avec délice, sans temps mort. J'ai adoré les lettres, sensibles et intelligentes, qui dévoilent les désillusions d'une grande amoureuse, sa difficulté à s'épanouir dans la maternité, ses doutes et ses frustrations. Ingrid ne s'épanouit que sous l'eau : elle va nager la nuit, sous la pluie, quand ses filles dorment, et se retrouve libérée de ses tourments. De lettre en lettre, son ressentiment envers Gil grandit : elle lui a sacrifié ses études et sa soif de liberté, quand lui la trompe sous ses yeux et la néglige.

Au présent, Nan et Flora, leurs deux filles soignent un Gil vieillissant, tout en se déchirant à propos de leur mère disparue. Où est passée Ingrid ? est-elle partie ? s'est-elle noyée ? Nul ne le sait, et son absence est un énorme bloc de silence et de non-dits entre les membres de cette famille.

Le roman est prenant, envoûtant, entêtant, et superbement écrit. Ingrid est magnifique et mystérieuse, Nan et Flora sont émouvantes, Gil est tour à tour un homme fascinant et un sale con égoïste.

J'ai lu ce livre avec délectation, dès les premières lignes j'ai su que ce serait un coup de coeur. Il aborde également les thèmes de la création, avec de beaux passages sur l'écriture et la littérature, dans la bouche d'un Gil charmeur dans son rôle de prof.

Minuscule bémol sur l’ambiguïté de la fin, qui m'a un peu frustrée ...

Un excellent roman, que j'ai terminé à grands regrets ...


"Un mariage anglais" (Swimming lessons), Claire Fuller, Stock (La Cosmopolite), 2018,  448p.

lundi 4 juin 2018

Idaho, Emily Ruskovich




Quel coup de poing au ventre que ce livre.
Un premier roman encensé un peu partout, et c'est ô combien mérité ...

Le pitch : 

Idaho : Ann, mariée avec Wade, reste obsédée par l'histoire familiale de son mari. Quelques années auparavant, l'ex-femme de Wade, Jenny, a tué May, leur plus jeune fille, tandis que l'aînée - June- s'est enfuie et a disparu. Wade, atteint de démence précoce, laisse s'effacer peu à peu ses souvenirs de cette journée atroce du mois d'août, où ce meurtre incompréhensible a été commis. Mais Ann cherche à comprendre comment une mère peut protéger sa fille des piqûres de moustiques un moment, et la tuer la minute d'après.

"Idaho", malgré son sujet qui avait tout pour m'effrayer, m'a conquise dès ses premières pages, et m'a captivée jusqu'au bout. Il est difficile de vous parler de cette lecture car, au-delà de son sujet, c'est son écriture qui en fait un chef-d'oeuvre. Oui, un chef-d'oeuvre, et c'est pourtant un premier roman !

Le style d'Emily Ruskovitch est superbe : elle parvient à nous conter l'indicible sans détails, à naviguer entre les époques sans nous perdre. Tantôt en 1995 lors de ce jour étouffant où le meurtre a été commis, tantôt en prison avec Jenny en 2004, avec Ann et Wade au présent, et jusqu'en 2025 ...

L'histoire est troublante et obsédante : j'y ai pensé de longues heures après avoir achevé ma lecture. Car il ne faudra pas espérer avoir toutes les réponses à la fin de l'histoire ... l'auteur parsème des indices de vérité, mais rien ne sera expliqué clairement ... on ne peut, à la fin, que supposer .. c'est évidement un peu frustrant, mais ajoute finalement du charme à la magie de ce roman.

Pas de détails sordides ou de description glauque du meurtre : celui-ci est décrit comme à travers un brouillard :






Jenny, mère infanticide, n'est pourtant pas un monstre. Condamnée à la perpétuité, elle sera exemplaire en prison, sans toutefois expliquer son geste fou.

Wade, père dévasté, se laisse peu à peu sombrer dans le néant, où il oublie le drame de sa vie.

Ann, professeur de piano, tente de trouver sa place auprès de cet homme et ne peut s'empêcher d'être fascinée par cette histoire, au point de côtoyer la folie à force de chercher des traces de sa propre responsabilité dans ce qui est arrivé.

"Idaho" est un grand roman, qui vous marque, vous trouble, vous empêche de dormir. Des passages magnifiques que l'on relit plusieurs fois. Des personnages envoûtants et mystérieux. Une véritable atmosphère, qui vous oppresse. Et, par-dessus tout, une écriture sublime, qui annonce un grand auteur américain.

Une magnifique découverte et un énorme coup de coeur !


"Idaho", Emily Ruskovich, Gallmeister, 2018, 359 p.

vendredi 25 mai 2018

Les filles des autres : un roman à suspense, Amy Gentry


Voilà un roman qui m'a tout de suite attirée par sa couverture originale et qui s'est révélé une excellente lecture, un fantastique suspense, qui m'a tenue en haleine pendant deux jours entiers !

Julie, 13 ans, est kidnappée une nuit dans sa chambre, sous les yeux de sa petite soeur. La famille est dévastée et tente de se reconstruire. Huit ans plus tard, on sonne à la porte : c'est Julie. Passé la joie des retrouvailles, la vie de la famille reprend peu à peu. Seule Ana, la mère, a des doutes sur l'identité de cette jeune femme qui prétend être sa fille. Contactée par un détective privé qui partage ses interrogations, Ana se lance dans une quête de la vérité sur "Julie" et ce qui lui est arrivé ...  

J'ai littéralement dévoré ce livre, qui m'a complètement happée de bout en bout. Racontant d'abord le kidnapping de Julie par le biais de sa petite soeur terrifiée, le roman reprend ensuite avec la réapparition de la jeune fille 8 ans plus tard, du point de vue de la mère. En parallèle, plusieurs chapitres intitulés avec des prénoms de jeune fille nous dévoile ce qu'il s'est passé à la manière d'un compte à rebours à l'envers, une originalité du livre qui m'a beaucoup plu.

Ce suspense psychologique m'a rendue complètement accro : Julie est-elle vraiment Julie ? Que s'est-il réellement passé ? Pour ne rien gâcher, il est bien écrit, ce qui n'est pas toujours le cas des suspenses à la mode ...

Un seul détail m'a dérangée : dès le retour de "Julie" j'ai voulu crier "punaise, faites un test ADN et basta !". Bizarrement, ça n'effleure personne. Petite incohérence qui n'a pas suffi à me gâcher mon plaisir à la lecture de cet excellent roman, original, bien ficelé, bien construit, bien écrit, bref, à recommander chaudement pour des soirées le nez plongé dans une intrigue palpitante !


Les filles des autres : un roman à suspense, (Good as gone)  Amy Gentry, Robert Laffont, 2017





lundi 7 mai 2018

Arrive un vagabond, Robert Goolrick


"Quand Charlie Beale arriva à Brownsburg, il tomba deux fois amoureux ..."

Quel beau roman ! Attirée par la poésie du titre et la beauté de l'édition collector, j'ai emporté ce livre sans trop me poser de questions ... Et je l'ai savouré ...

Charlie Beale arrive dans une petite ville de Virginie et se fait embaucher comme boucher. Peu à peu, il s'installe, se fait quelques amis, dont le petit Sam, 5 ans, le fils de Will, qui lui a offert un toit. Venu de nulle part, on ne sait pas grand-chose de Charlie, ce vagabond ... Un jour entre dans la boucherie, une jeune femme belle comme une de ces stars de cinéma à qui elle veut à tout prix ressembler. C'est le coup de foudre entre Sylvan et Charlie, mais elle est mariée à l'homme le plus riche de la ville, et une liaison interdite débute, sous le regard innocent du petit Sam ... jusqu'au drame ...

Voilà un tout grand roman, avec un souffle romanesque comme on en lit trop peu. Les personnages sont grandioses, l'histoire est dramatique et sublime, et on sent la tension monter tout au long de l'histoire, jusqu'à la fin déchirante. Premier livre de Robert Goolrick que je lis, ce ne sera pas mon dernier ... Ce roman est magnifique et je verrais bien une adaptation au cinéma !

L'édition collector que j'ai trouvé comporte une préface inédite de l'auteur qui explique la genèse du roman, et que c'est une histoire vraie .... que lui a raconté celui qui lui inspirera le personnage (magnifique) du petit Sam. Si vous pouvez mettre la main sur cette édition, cette préface apporte vraiment un éclairage très intéressant sur cette grande histoire d'amour. C'est vraiment une belle histoire romantique, sans aucune mièvrerie, et le couple de Charlie et Sylvan me hantera longtemps.

Ce roman a reçu le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2013.

"Arrive un vagabond", Robert Goolrick, Pocket, 2014, 349 p.

lundi 16 avril 2018

La petite fille sur la banquise, Adélaïde Bon



Pas facile de parler de cette lecture coup de poing, de ce livre-choc, de ce témoignage poignant ...

Comme beaucoup, j'ai été touchée par le passage d'Adélaïde Bon à l'émission "La grande librairie" (la vidéo est en fin d'article), où elle parlait, avec courage et dignité, de ce viol qu'elle a subit enfant, et de ses "méduses" qui lui ont gâché la vie depuis, de sa reconstruction.

J'ai hésité à lire son livre, à cause de mon hypersensibilité, de mon besoin de me protéger de toutes les horreurs dont les infos quotidiennes nous inondent, mais elle m'avait tant touchée, et son livre avait l'air d'avoir, en plus, de telles qualités littéraires, que j'ai fini par l'acheter.

Je me suis plongée dedans une après-midi, et je l'ai lu d'une traite. Impossible de le reposer pour passer à autre chose ...

Ce n'est donc pas un roman : Adélaïde Bon raconte, d'abord en se distanciant avec le "elle", puis par le "je", ce qui lui est arrivé, à 9 ans. Rentrée de l'école, elle est violée dans l'escalier par un inconnu. Pendant des années, elle aura minimisé ce traumatisme en "simple" attouchement, jusqu'au jour où elle apprendra qu'il s'agit, légalement, d'un véritable viol.

La petite Adélaïde cache, derrière une joie de vivre apparente, sa souffrance : elle grossit, elle se fait vomir, elle se frappe, elle s'isole. En grandissant, elle ne ressent aucun désir ni plaisir avec ses amoureux. Elle s'anesthésie par la drogue, l'alcool, la pornographie. Elle suit des thérapies, essaie tout et n'importe quoi pour tente de se sentir mieux. Pense constamment à la mort. Une vie détruite.

Jusqu'au coup de fil de la police, alors qu'elle est enceinte : ils ont retrouvé son violeur, un homme qui a abusé de nombreuses autres petites filles. C'est, pour Adélaïde,  "le plus beau cadeau de sa vie", la police ne l'a donc pas oubliée. Commence alors le procès, avec, tout au bout, l'espoir de guérison.



Ce livre est juste, nécessaire, jamais glauque ni voyeuriste, et pourtant Adélaïde Bon ne nous épargne rien. Elle se livre avec sincérité, et c'est souvent dur, évidement, mais j'ai lu son livre aussi en tant que mère, pour essayer de protéger ma fille, si c'est un tant soit peu possible. Tous les parents, tous les psys, toutes les infirmières scolaires, tous les profs devraient lire ce témoignage, pour pouvoir repérer un enfant abusé, un enfant qui va mal.  C'est un livre important et nécessaire.

C'est aussi, plus qu'un témoignage, un texte littéraire, très bien écrit, ce qui lui ajoute encore de la valeur. J'ai été profondément bouleversée par cette "petite fille sur la banquise", et je ne peux que vous en conseiller la lecture.






"La petite fille sur la banquise", Adélaïde Bon, Grasset, 251 p. ,2018

jeudi 29 mars 2018

Quatre murs et un toit, Camille Anseaume



Camille Anseaume fait partie des rares auteurs dont je me procure le nouveau livre presque à l'aveugle. Qu'importe le sujet, je sais que je l'aimerai.
J'ai tellement adoré "Un tout petit rien", puis "Ta façon d'être au monde" ...

Ce livre-ci est un peu différent : Camille y parle de la maison de son enfance, que ses parents veulent mettre en vente. Elle y séjourne alors une dernière fois et nous conte ses souvenirs, pièce par pièce ...

Chaque chapitre est consacré à une pièce ou un endroit particulier de la maison : le banc de l'entrée où chacun laisse traîner quelque chose qu'il cherchera partout plus tard, le cellier et sa porte qui sert à filer en douce aux soirées interdites, la salle à manger et ses souvenirs de repas en famille, ...

En parallèle, Camille écrit son ressenti, de retour dans cette maison : les odeurs qui l'assaillent, le plancher qui craque, les fantômes du passé, et cette angoisse à l'idée de la vente.



 Le livre est court et se dévore très vite, comme un bonbon à la saveur de l'enfance. J'ai adoré la construction pièce par pièce, la nostalgie douce qui se dégage des souvenirs de Camille.

Les parents qui s'engueulent, les disputes dans la fratrie, les premières sorties, le béguin pour le copain de son frère, l'odeur des foulards de sa mère, on a tous cela dans nos mémoires.

L'écriture, la magie de l'écriture douce et belle de Camille Anseaume, que j'aime tant, est toujours là. Le livre est trop court, c'est mon seul reproche : arrivée (trop vite) à la dernière page, je voulais continuer à arpenter cette maison, que je connaissais dès lors un petit peu, et que Camille me chuchote encore et encore des secrets, des touts petits riens, mais qui construisent un enfant, comme autant de galets semés ici et là, et qui traceront sa route jusqu'à l'âge adulte.

Une très jolie lecture, touchante et nostalgique, que je vous recommande chaudement !

Vous pouvez aussi retrouver une mini interview de Camille Anseaume sur ses habitudes de lecture, ici !

Un tout grand merci aux éditions Calmann Lévy !

"Quatre murs et un toit", Camille Anseaume, Calmann Lévy, 2018, 162 p.


mardi 20 mars 2018

Une longue impatience, Gaëlle Josse




"Depuis, ce sont des jours blancs. des jours d'attente et de peur, des jours de vie suspendue"


Un soir d'avril 1950, Louis, 16 ans, ne rentre pas à la maison. Anne, sa mère, l'attend, s'inquiète, espère, et les jours puis les mois passent. Anne, au bord de la folie, n'est plus qu'une ombre, une silhouette pour ses deux autres enfants et Etienne, son mari. Anne se tient droite sur la falaise, le regard fixé sur la mer, guettant un bateau qui lui ramènera son fils. Elle écrit des lettres à Louis, décrivant la fête et les festins qui accompagneront son retour. Mais Louis ne donne aucune nouvelle et Anne, peu à peu, dépérit.


C'est mon premier livre de Gaëlle Josse, et ce ne sera pas le dernier.
Quel roman, quelle claque littéraire, et quelle écriture ...
Anne est un personnage de femme magnifique, une héroïne bouleversante. Son attente la dévore à petit feu, l'inquiétude la ronge, elle ne vit que d'espoir. Le lecteur est tout entier à ses côtés, sur cette falaise battue par les vents, les yeux plissés qui brûlent à force de fixer l'horizon vide. On est immergé dans la vie de ce petit village français au lendemain de la guerre, avec ses ragots, les regards en biais sur "la veuve", celle qui a perdu un mari en mer et dont le fils est parti, celle qui s'est remariée avec le plus beau parti, celle qui vit dans la belle maison et qui est "à peine aimable".

Peu à peu, l'espoir du lecteur, comme celui d'Anne, s'amenuise, et la tristesse envahit tout. Le roman, déjà pas fort gai, devient tragique : Anne est une figure de tragédie, la mère éplorée, sacrifiée, détruite par l'absence et l'égoïsme des hommes.

Car oui, même si j'ai été en empathie totale avec elle, je me suis sentie en colère après ce Louis ingrat, qui laisse sa mère sans un mot, sans nouvelles, sans même lui signifier qu'il va bien. C'est incroyablement dur et égoïste : partir, oui, mais ça lui coûtait quoi, de rassurer sa mère ?

Voilà que je m'emballe. Pour tout vous avouer, j'ai terminé ce roman en pleurant à chaudes larmes, sans pouvoir m'arrêter, bouleversée par l'histoire, par le sublime portrait de femme et d'amour maternel que je venais de lire, mais aussi par l'écriture, si belle, si poétique. J'ai corné des pages et des pages, j'ai savouré les mots, le rythme du texte, j'ai pensé "voilà, voilà, la Littérature avec un grand L".

J'ai adoré.

Encore un mot sur l'édition en elle-même : la couverture parfaite et le papier blanc cassé, doux et lisse, épais, que l'on caresse en savourant la beauté et la qualité des pages.

Un coup de coeur, un coup au coeur, que l'histoire d'Anne ...


"Une longue impatience", Gaëlle Josse, éditions Noir sur blanc, 2018, 190 pages


lundi 12 mars 2018

La première fois qu'on m'a embrassée je suis morte, Colleen Oakley




Depuis toute petite, Jubilee Jenkins souffre d'allergie au contact humain. Rien que la toucher peut l'envoyer à l’hôpital. D'ailleurs, le premier garçon qui l'a embrassée a failli la tuer ... Jubilee passe donc neuf ans (neuf ans !) enfermée chez elle, à tout commander en ligne. Mais à la mort de sa mère, elle se voit obligée de trouver un travail, et ce sera à la bibliothèque, où elle rencontre Eric, divorcé, accompagné de son fils adoptif, Aja, un petit génie perturbé par la mort de ses parents.


On dirait bien que je prends goût aux romances ! Après "Les yeux de Sophie", de Jojo Moyes, et "Avant toi", que je suis en train de dévorer, j'ai craqué pour ce livre et j'ai bien fait, car c'est un coup de coeur !

Les chapitres sont découpés entre le point de vue de Jubilee (que je l'aime !), Eric et des extraits d'article sur Jubilee et "son cas", depuis son enfance. Jubilee est extrêmement attachante, comme l'était une Eléonor Oliphant. Pleine d'humour malgré elle, les situations où elle sort de sa maison et se confronte au monde sont souvent hilarantes. Son travail de bibliothécaire la met face à des gamins pour une heure du conte (j'ai ri ! mais j'ai ri !), elle retrouve une copine d’adolescence qui la prend sous son aile (mais pourquoi donc, ah ah), ses collègues sont attachants, ...

La description de la maladie de Jubilee et de ses conséquences est fascinante : la petite fille privée du contact réconfortant de sa mère, qui la laissera tomber pour filer à l'autre bout du pays juste après l'incident du baiser ... sa peur du moindre frôlement et le handicap que cette maladie représente dans sa vie quotidienne, ...

Eric et Aja sont très attachants aussi : divorcé, Eric a une ado qui ne lui adresse plus la parole, et a adopté le fils de ses meilleurs amis, décédés dans un crash d'avion. Perturbé par ce deuil, Aja se rapproche de Jubilee, qui le fascine.

Nous avons donc un drôle de trio, des situations cocasses, une histoire d'amour (forcément) contrariée par une maladie extrêmement bizarre, le tout servi avec humour dans une bibliothèque (certaines situations m'ont bien fait rire, en tant que bibliothécaire), bref, un roman ouvertement feel-good qui remplit très bien son job, je me suis régalée avec cette lecture. J'ai eu un coup de coeur pour l'histoire, pour Jubilee, et pour l'écriture de Colleen Oakley.

Si vous avez envie d'une lecture réconfortante, foncez sur ce roman (et la couverture est magnifique, ce qui ne gâche rien).


"La première fois qu'on m'a embrassée, je suis morte", Colleen Oakley, Milady, 503 p., 2018



mardi 13 février 2018

Éparse, Lisa Balavoine




Je suis un mouton victime d'Instagram : après y avoir vu et revu "Éparse", avoir tournicoté autour en librairie, l'avoir ouvert, presqu'emporté, puis reposé, je me suis finalement jetée dessus après la xième chronique de blog passionnée et passionnante, pleine d'appréhension et d'attentes : et si ce roman que tout le monde porte aux nues, et si moi je le trouvais banal ? S'il ne me touchait pas ?

Nous sommes partis trois jours à Disneyland Paris, et je l'ai ouvert dans la voiture, une fois nos petites têtes blondes assoupies. Au bout de quelques pages, j'avais le coeur serré, et à la moitié du livre, les larmes aux yeux, j'ai posé la main sur celle de mon amoureux et je l'ai serrée très fort. J'ai refermé le livre, puis je l'ai repris petit à petit, picorant quelques lignes ici et là, éparses, savourant le texte, cornant des pages, relisant certains passages.

Je l'ai terminé à regret, j'en aurais bien lu 500 pages.

Sous-titré "roman", ce texte l'est-il réellement ? En paragraphes séparés d'une étoile, Lisa Balavoine fait l'inventaire de sa vie : celle d'une femme de 40 ans, divorcée, mère de trois grands enfants, qui se plonge dans ses souvenirs d'enfance, la séparation de ses parents, ses amitiés, son adolescence, ses premiers émois, la maternité, sa vie de femme, le sexe, les ruptures, la musique, les livres, tout ce qui fait une vie.




Et c'est quasiment universel : c'est la force de ce texte, chacun (et surtout chacune) s'y retrouve, à un moment. On a tous les mêmes souvenirs d'enfance, de vacances, d'émois, de rêves. Lisa Balavoine alterne les passages déchirants à propos d'une rupture avec des listes d'hommes célèbres qu'elle aime, des phrases toutes faites entendues, de répliques de films, de paroles de chansons. Elle nous fait voir la bande originale de sa vie, et ça pourrait être la nôtre.

Ce que j'ai préféré : ses anecdotes, si vraies, si touchantes, et les passages sur la maternité.
Le roman respire la nostalgie et la mélancolie, l'ultramoderne solitude, les regrets, les souvenirs douloureux, et m'a bouleversée à chaque page.




Il m'est difficile d'en écrire une chronique construite, à l'image du livre que je viens de terminer. Je jette sur le clavier mes impressions à chaud, et mon sentiment d'avoir lu quelque chose d'original dans sa forme, mais de profondément humain, et sais déjà que je vais le relire, plus lentement encore, et corner d'autres pages.

Merci Lisa, j'ai un peu l'impression de vous connaître à présent ...


"Eparse", Lisa Balavoine, Lattès, 2018, 250 pages, et une jolie bande originale à la fin

lundi 15 janvier 2018

Poppy et les métamorphoses, Laurie Frankel



Déniché complètement au pif dans les rayons de ma librairie d'occasion favorite, "Poppy et les métamorphoses" s'est révélé être un énorme coup de coeur, un de ceux qui nous font craindre le goût forcément fade de la lecture suivante ...

Tout commence avec la rencontre de Rosie et de Penn, qui donnera lieu à un mariage heureux et à la naissance de quatre garçons (quatre !). Pour sa dernière grossesse, Rosie croise les doigts très fort et espère bien évidement une fille ... et c'est le petit Claude qui naît. Pourtant, celui-ci se distingue dès son plus jeune âge : il demande à porter des robes et ne souhaite rien de plus fort que d'être une princesse ... Voilà Claude qui, dans son corps de garçon, se sent fille. La famille se met à l'appeler Poppy (du nom de la jeune soeur de Rosie, décédée enfant, gloups), et accepte joyeusement l'état des choses. Mais rien ne sera facile pour Poppy-Claude, à commencer par l'école, les amis, l'entourage, bref le regard des autres ... Poppy rejetée, la famille décide de déménager à l'autre bout du pays, et de ne pas révéler "ce que Poppy a dans sa culotte, qui ne regarde personne". Mais comment grandir, et que faire, arrivée à l'âge des métamorphoses adolescentes ?


Le thème de l'enfant transgenre ne m'attirait pas plus que ça, mais quelque chose dans les premières lignes du bouquin me soufflait que j'allais adorer. Et ce fut le cas, j'ai eu un gros coup de coeur pour cette famille un peu barge, pour Poppy et ses robes, mais surtout pour Rosie et Penn. L'écriture de Laurie Frankel est absolument délicieuse et pleine d'humour, malgré le sujet finalement grave des perturbations d'identité chez un enfant, elle réussit, surtout grâce à son couple de parents extraordinaires, à donner une énergie et une vitalité dingue à son récit. Un régal de lecture.

Bourré de passages drôles sur la parentalité (voir mon extrait ci-dessous), qui m'ont beaucoup touchée, le roman est une formidable réflexion sur l'acceptation de soi et des autres, à travers l'histoire de Poppy, que sa famille accepte comme il/elle est, et en est presque "trop positive", comme on le leur reprochera. "Cet enfant na pas assez souffert", dira l’inénarrable Mr Tongo, un excentrique chez qui Penn et Rosie iront chercher conseil :


"- Que peut-on faire pour aider Poppy ?
- Vous? Rien du tout. Vous en avez déjà trop fait. C'est à son tour de passer à l'action. Et elle a déjà commencé en faisant son coming out. C'est la première étape.
- D'accord, ça, c'est fait, concéda-t-elle. Mais bien malgré elle. C'est quoi la deuxième étape?
- La deuxième étape, c'est de se faire rejeter par un bon nombre de personnes et le vivre très mal.
- Ça aussi, c'est fait. Et la troisième étape?
- La troisième étape est plus amusante. La troisième étape, c'est de continuer à avancer.
- Et ça prend combien de temps? demanda Rosie de mauvaise grâce.
- Ça prend toute la vie, répondit M. Tongo, de son air jovial habituel. C'est une bonne chose qu'elle s'y mette tôt."


Les presque 600 pages du roman défilent vite, et je n'avais aucune envie de le terminer. Ce fut mon premier coup de coeur de l'année, et j'ai hâte de commencer l'autre roman de Laurie Frankel, "Adieu ! ou presque", que je me suis offert dans la foulée !


Un régal


"Poppy et les métamorphoses", Laurie Frankel, Fleuves éditions, 569 p., 2017

vendredi 29 décembre 2017

Sauver sa peau, Lisa Gardner




Une fois n'est pas coutume, j'ai lu (et adoré !) un polar.
Et donc, au lieu d'un bilan de mes lectures de 2017, comme j'en vois partout fleurir sur les blogs, je vous présente un très très bon thriller, comme dernière chronique de l'année.

Annabelle Granger a, depuis toute petite, l'habitude de changer de nom et de déménager avec ses parents, sans explications, environ tous les deux ans.
25 ans plus tard, la découverte des cadavres momifiés de six fillettes dans la cavité souterraine d'un ancien hôpital psychiatrique fait la une des journaux. L'une des victimes porte autour du cou un médaillon au nom ... d'Annabelle Granger. Le tueur est-il celui qui épiait Annabelle petite fille, et qui a causé la fuite de sa famille ?

Deuxième roman de Lisa Gardner que je lis, après "La maison d'à côté" (que j'avais dévoré avec plaisir sans le chroniquer, oui, bon), "Sauver sa peau" est un grand suspense, complètement addictif, qui m'a tenue en haleine pendant deux jours. Le genre de bouquin qu'on ne sait plus lâcher, mais qu'on a pourtant envie de faire traîner pour le savourer ... sans y arriver. J'ai vraiment été complètement prise dans l'histoire, comme rarement avec un polar : je n'en lis pas beaucoup.

Le duo d'enquêteur apporte beaucoup de charme au roman : l'enquêtrice D.D. Warren est un personnage on ne peut plus savoureux ! Je me suis laissée porter par l'intrigue, menée par le bout du nez, et l'atmosphère glauque de la cavité souterraine, les histoires fascinantes des patients de l'asile psychiatrique, la petite romance à deux sous, l'atmosphère inquiétante de mystère, de menace grandissante, j'ai TOUT adoré.

Je me suis précipitée pour aller chercher d'autres polars de la dame, c'est pour vous dire.

Un excellent suspense donc, pour finir l'année en beauté !

A l'année prochaine, avec comme première chronique, un roman bouleversant, qui me remue les tripes, "Les attachants", de Rachel Corenblit.


"Sauver sa peau", Lisa Gardner, Le livre de poche, 500 p.

mercredi 13 décembre 2017

La noce d'Anna, Nathacha Appanah







J'ai découvert la plume de Nathacha Appanah tout à fait par hasard : au détour de mes déambulations sur la Toile, je suis tombée sur ses chroniques sur le site du journal La Croix, et j'en ai dévoré autant que me le permettait le site, touchée par les thèmes abordés et la poésie des textes. Jen ai retiré un passage, qui vient de la chronique "La cloche à souvenirs", que je me suis empressée de recopier dans un de mes jolis carnets :

Où vont toutes ces choses qui semblent nous occuper tout entier, dont on est persuadé qu’elles vont déterminer le reste de nos jours et qui soudain, disparaissent ? Où vont ces émotions qui nous gonflent le cœur comme des ballons ? Que sont devenus ces lycéens rieurs à Bamako ? 
Pourquoi inventons-nous des robots alors que nous devrions inventer des cloches à souvenirs, des attrape-émotions, des filets bien serrés pour maintenir ces petits détails de rien qui tressent une vie ? En attendant, je suppose, il nous reste les livres pour nous rappeler qui nous étions…

Ensuite, j'ai réalisé que dormait toujours au fin fond de ma Pal, un roman de Nathacha Appanah : "La noce d'Anna", que j'ai dévoré en quelques trajets de train, éblouie à nouveau par la sensibilité et l'écriture.

C'est l'histoire de Sonia, qui marie sa fille unique, Anna, si différente d'elle, si sage, si prudente et posée, qui aime l'ordre, la rigueur et les chiffres, et qui s'apprête à lier sa vie à un huissier. Sonia, originaire de l'île Maurice, est tout son contraire : elle aime les mots, elle écrit des romans, fume,  rêve, n'est jamais à l'heure. Entraînée dans cette noce qui ne l’enchante pas, Sonia se remémore son seul amour,le père d'Anna, qu'elle a laissé partir, et réalise qu'elle "n'a rien vécu". Au cours de cette journée, nous suivons les deux femmes, et les réflexions de Sonia sur la maternité, l'amour, le désir, l'écriture.




Ce roman m'a bouleversée, j'ai corné des pages pour retrouver des passages entiers qui m'ont touchée, et j'ai eu un énorme coup de coeur pour l'écriture de Nathacha Appanah, si sensible, poétique et profonde.

C'est un roman magnifique sur la transmission mère-fille, sur les relations complexes parents-enfants, sur l'amour aussi, le destin, les choix d'une vie. Sur l'écriture, les origines, la difficulté d'élever seule un enfant.

Un coup de coeur que je relirai ....

Et ce ne sera pas mon dernier roman de cet auteur ...





"La noce d'Anna", Nathacha Appanah, Folio, 2005, 178 p.

lundi 4 décembre 2017

Amy et Isabelle, Elizabeth Strout





Sur la table de la librairie, c'est d'abord la très jolie couverture qui m'a attirée. Puis le bandeau me rappelant qu'Elizabeth Strout est l'auteur d'"Olive Kitteridge", bouquin que j'ai lu avec délectation il y a quelques années (et dont je n'ai pas beaucoup de souvenirs excepté une écriture et un humour qui m'ont ravie). Donc, boum, couverture + bandeau, le marketing a fait son job, me voilà avec le livre en main.

Et ce fut une très très bonne pioche, que dis-je, un coup de coeur !

C'est l'histoire d'un été dans la vie d'Amy, 16 ans, et d'Isabelle, sa mère. Un été d'une chaleur torride et insupportable, qui changera toute leur vie, un été où un "fil noir" sera tendu entre l'adolescente meurtrie par une première désillusion amoureuse, et la mère pétrie d'envies inassouvies, de regrets et de frustrations. Amy travaille à la fabrique d'Isabelle pour les vacances, et les voilà forcées de passer leurs journées ensemble, puis de rentrer à la maison, pleines de tension, de non-dits et de reproches. Amy a vécu une relation interdite, et Isabelle est du coup renvoyée à sa propre adolescence, et à une relation secrète qui a influencé toute sa vie.

Je suis entrée dans ce roman comme dans un bon bain chaud : les personnages d'Amy et d'Isabelle m'ont beaucoup touchée, mais également la galerie en arrière-plan, notamment les collègues d'Isabelle, la petite vie de cancans à la fabrique, et les amitiés naissantes qui peu à peu, lors de cet été étouffant, vont chasser la solitude d'Isabelle.

Le vrai point fort de ce livre, c'est son écriture. Je ne sais pas comment l'exprimer au juste, mais c'est comme une petite musique qui, dès les premières lignes, me fait sentir que je vais passer un très bon moment de lecture, m'accroche et m'emporte, au point que ce livre m'a suivie partout : de mon lit, à la salle de bains pendant que je surveillais le bain des kids, en passant par mon sac, où il a éjecté ma lecture en cours. Dès que j'avais une minute, je m'y replongeais avec hâte. Hâte de retrouver les personnages, de connaître la fin de l'histoire, mais surtout hâte de lire Elizabeth Strout, son humour, sa sensibilité, sa délicatesse. C'est un gros coup de coeur, qui me donne envie de relire "Olive Kitteridge", avec lequel elle a reçu le prix Pulitzer en 2010.




"Amy et Isabelle", Elizabeth Strout, Archi poche, 2012

vendredi 24 novembre 2017

Saint Nicolas, c'est qui celui-là ?



Tous les matins, au lieu de dire bonjour, Petit Loulou me dit "encore combien de jours avant Saint Nicolas ?". En voilà un  accueil qui me met de bonne humeur ! On a finit par compter les jours sur le calendrier, histoire qu'il se calme.

Oui, parce qu'en Belgique, Saint Nicolas c'est sacré. Bien plus que Noël, en tout cas chez nous. Et Petit Loulou, presque 7 ans (deux jours seulement après Saint Nicolas, conseil d'amie ne faites pas d'enfant en décembre), ne remet absolument pas en question l'existence du grand Saint (Mini Louloute, n'en parlons pas). L'an prochain, il n'y croira sans doute plus ... (snif).

En attendant, on a reçu ce magnifique album, pour rêver encore un peu ...

Si je vous dit que les auteurs sont Ian de Haes et Charlotte Bellière, le duo de "Imagine" (mon album doudou) et de "La petite vieille du rez-de-chaussée"  , bon, vous avez compris que ce n'est pas un énième album marketing sur le Grand Saint.

Ici, on fait la connaissance d'Antoine, au moment où il se fait copieusement engueuler par son instit, qui lui conseille de réfléchir à son comportement. Antoine, pour se consoler, va admirer l'avion dont il rêve dans un magasin de jouets, en soupirant....

Il croise ensuite une loooooogue file d'enfants qui patientent pour aller papoter avec un drôle de monsieur à barbe, habillé de rouge, avec une robe et un chapeau pointu ... "c'est carnaval, ou quoi ?", s'interroge Antoine.


Antoine ne sait rien de Saint Nicolas, et Arthus se charge de tout lui expliquer (le coup de la cheminée, de la lettre, des chaussons, de la chanson et tout et tout, et puis les cadeaux !).

Arrivé devant le grand saint, Antoine avoue qu'il fait plein de bêtises, et qu'il ne peut pas espérer de cadeaux ...



Mais Saint Nicolas voit tout (je le répète tous les jours à mes enfants sous forme de menace, oui oui), et il sait qu'Antoine fait aussi de bonnes et jolies choses :



Qui c'est qui aura donc son cadeau ???



Comme toujours avec Ian de Haes et Charlotte Bellière, c'est juste magnifique. Les dessins sont doux, tendres, auréolés d'une douce lumière et d'une ambiance de féerie et de fête : la nuit bleue, Saint Nicolas qui distribue les jouets, mais aussi la lumière douce du magasin de jouets, véritable caverne aux merveilles.

L'histoire ne se contente pas de présenter Saint Nicolas, mais adopte le point de vue d'un petit garçon ordinaire, qui fait des bêtises, qui se fait engueuler, mais qui, au final, mérite bien son cadeau, car il fait aussi des tas de bonnes actions, sans forcément s'en rendre compte ...

Ce qui me fait penser qu'on a tendance à beaucoup réprimander les bêtises, mais qui pense toujours à féliciter les petites actions du quotidien, un merci/s'il-vous-plaît, une vaisselle faite, de l'aide à la petite soeur, ... ?

Un très très bel album, autant graphiquement que dans l'histoire, qui présente le mythe de Saint Nicolas, en parlant aussi de la vie de tous les jours, parfait pour rêver avec nos petits loups, mais aussi pour réfléchir ....

Merci à Alice Jeunesse pour l'envoi de cet album.

"Saint Nicolas, c'est qui celui-là?", Ian De Haes et Charlotte Bellière, Alice Jeunesse, 2017

mercredi 15 novembre 2017

Coup de coeur papeterie : les Editions de Cortil




En ce mois de novembre où le ciel est blanc, le ciel est blanc cassé (parenthèse Biolaysque refermée), bref, en ce temps de grisaille, j'ai envie de vous parler d'un joli coup de coeur "papeterie" !

Ce sont de superbes cartes postales, illustrées par Myra Vienne, ou "Mon amie Luce", comme elle signe ses dessins. J'ai eu un immense coup de foudre pour celle représentant Mary Poppins (je dois m'identifier à son sac à main, je pense), mais aussi pour quelques autres, tout aussi jolies ...




Girly mais pas trop, pleines de douceur et de poésie, ces cartes ont vraiment un petit quelque chose en plus ... Je compte bien les offrir à mes amies ...



Ces cartes postales sont publiées aux Editions de Cortil, éditeur de jolies choses (entre autres aussi des carnets et des marque pages, OH MY GOD). Leur particularité étant qu'ils soient belges et travaillent avec des illustrateurs belges aussi (oui, parfois je suis chauvine), mais également que leur papier est 100 % écologique.



Bon, malheureusement, on ne peut rien commander en ligne, mais leurs cartes sont dispos dans les papeteries et librairies belges, ainsi que dans les magasins bio, de jouets ou de décoration.

Je ne vous ai mis qu'un exemple, mais j'adore leurs illustrateurs (il y a aussi plein de cartes avec des hiboux tout choupis, c'est important à signaler). En fait, j'ai envie de toutes les acheter, mais c'est comme les carnets, j'en ai trop.

D'ailleurs, je vois pas mal leurs cartes, mais je n'ai pas encore vu de carnets ou de marque-page en magasin (l'Homme me dirait tant mieux , mais soit).

Je vous mets le lien vers le site de l'éditeur, mais , encore une fois, les particuliers ne peuvent pas commander en ligne, ce que je regrette ...

Amis Belges, ouvrez l'oeil en boutique !

mercredi 8 novembre 2017

Emma ne veut pas dépasser



Emma est une petite fille consciencieuse, qui adore colorier en s'appliquant pour ne surtout pas dépasser. Elle s'est installée au jardin et passe ainsi son temps sous le regard bienveillant de sa maman. Elle sent en elle "quelque chose qui la bloque un peu", mais elle ne comprend pas quoi ..



Mais tout à coup, horreur ! Emma a légèrement dépassé !





La petite fille s'envole alors dans une rêverie fantastique ... Elle vole à travers les nuages et le ciel, qui ne sont pas de la bonne couleur ... Emma s'interroge sur ce phénomène et s'entend répondre qu'ils ont "dépassé". "Vous aussi, vous coloriez ? " s'étonne la petite fille. Non, nous avons dépassé nos limites de couleurs, répondent-ils ...




Portée par le vent, Emma rencontre alors des choses bizarres : un oiseau à bec de poisson, qui lui révèle avoir "dépassé ses formes", la lune, qui a dépassé le temps pour s'incruster dans le jour, ainsi qu'un vieil avion, qui, lui, a dépassé le temps ....

Montée à bord de l'avion, Emma rencontre alors un vieil homme, qui a dépassé sa peur pour sauter en parachute. Emma l'accompagne et ils volent ensemble jusqu'au jardin de la petite fille.  



"Tu as bien fait de dépasser", lui dit le vieil homme, "sinon, nous ne nous serions jamais rencontrés". Et ce qui bloquait un peu Emma est parti ...

Voici un magnifique album, tout en poésie, sur la curiosité, le dépassement de soi et la créativité. Sur l'importance de dépasser du cadre aussi, de se laisser porter par la vie et ses surprises, pour aller de découvertes en rencontres extraordinaires ...

Les dessins sont sublimes et sont le grand atout de cet album, qui plaira aux enfants rêveurs ...

Mini Louloute (4 ans et demi) est encore un peu petite pour réellement apprécier l'histoire et son sens, mais les illustrations l'ont ravie (elle qui adore colorier ... sans dépasser !).

Une petite pépite de poésie !

Un tout grand merci aux éditions Circonflexe pour l'envoi de cet album !


"Emma ne veut pas dépasser", Céline Person et Francesca Dafne Vignaga, Circonflexe, 2017

lundi 16 octobre 2017

Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman




Ce roman fort réjouissant se trouvait au rayon "Chick litt" de la librairie, ce qui aurait pu me refroidir un tantinet. Je n'ai pas compris pourquoi il trônait entre Françoise Bourdin et Sophie Kinsella, mais mon instinct me disait qu'il valait mieux que cela (même si j'aime beaucoup L'accro du shopping, hein, quand j'ai besoin de me vider la tête, c'est parfait).

J'ai un truc quand j'hésite sur un bouquin : je lis les premières lignes. En général, je sais tout de suite si l'écriture me parle, ou si ça va faire flop. Si j'ai envie de tourner la première page et que j'aime "la voix" de l'auteur, c'est banco.

Ici, Eleanor Oliphant a passé le test avec brio, j'ai donc acheté le livre, et je l'ai lu avec délectation en quelques jours. 

C'est donc l'histoire d'Eleanor Oliphant, jeune femme un peu spéciale, très solitaire et renfermée, qui ne sait y faire avec aucun des codes de la société. Elle dit ce qu'elle pense cash (c'est d'ailleurs très drôle !), est "auto-suffisante" (comprenez qu'elle n'a pas d'amis mais qu'elle s'en fout), et passe sa vie entre son boulot de comptable, les coups de fil hebdomadaires à "maman" (les guillemets sont importants, sans vouloir spoiler), et sa vodka pour faire passer les week-ends.

Mais la rencontre avec Raymond, l'informaticien de sa boîte, et un vieil homme attendrissant qui fait en malaise juste devant elle, vont bouleverser sa petite routine, l'obliger à s'ouvrir aux autres, et à affronter son sombre passé ...

Disons-le tout net, c'est un coup de coeur ! J'ai vraiment adoré le personnage d'Eleanor, que j'ai trouvé très drôle et attendrissant. Sa solitude, sa misanthropie, son amour du Tesco et de son énorme cabas, ses réparties cinglantes, tout m'a plu. On la découvre petit à petit, et le voile sur son passé se lève lentement ... on comprend qu'elle a vécu un horrible drame qui explique en partie le personnage, et je me suis laissée complètement embarquer. Les personnages secondaires comme Raymond, Sammy ou même "maman" sont savoureux, et l'écriture pleine d'humour et d'ironie. Voir évoluer Eleanor, de sa séance catastrophique chez l'esthéticienne, à son shopping relookage, en passant par les soirées en société où elle doit faire l'effort de se sociabiliser un minimum, est un grand bonheur de lecture.

Qui plus est, le roman est bien écrit, que demander de plus ?

J'ai juste trouvé l'histoire avec le chanteur un peu longuette ... en effet, Eleanor s'amourache d'un pur fantasme, et passe un temps fou à essayer de s'approcher du chanteur qui, clairement, est un gros nase. Mais ça n'enlève rien au rythme du roman, qui est pétillant, drôle et se savoure comme un bonbon légèrement acidulé.

A découvrir donc !





"Eleanor Oliphant va très bien",  (Eleanor Oliphant is completly fine), Gail Honeyman, Fleuve éditions, 2017, 430 pages

mardi 3 octobre 2017

La ballade de l'ours nomade



A la maison, on (surtout je en fait) est très fan de Rebecca Cobb. Souvenez-vous de "Guirlande de poupée" (déjà avec Julia Donaldson), de "Il a neigé !", de "Tante Amélie" ou du "Mystère". J'adore ses illustrations, je les trouve d'une infinie douceur, avec un petit côté vintage.

On est aussi, depuis quelques mois, fans de Julia Donaldson (la maman de "Gruffalo", très connu). On a adoré "La baleine et l'escargote", et  Zébulon", et je compte bien mettre la main sur "La sorcière dans les airs" d'ici peu.

DONC, quand j'ai vu ce nouvel album du duo, j'ai foncé !

C'est l'histoire de l'Ours Nomade, la mascotte de la classe, celui qui passe ses week-end chez les copains de la classe à tour de rôle. Vous avez déjà sûrement vécu cela : votre enfant revient le vendredi soir avec la peluche de la classe, prêt à le traîner partout lui faire vivre des tas d'aventures palpitantes tout le week-end, pendant que vous vous rongerez les sangs à l'idée de le perdre.



Et bien, c'est ce qui arrive à Olivier le Nouveau (il commence bien, tiens, celui-là !).

L'ours nomade tombe de son sac, et dans un égout, tant qu'on y est.

Il voyage donc jusque dans la mer, est repêché dans un filet, se retrouve chez une poissonnière qui le flanque à la poubelle, puis est attrapé par une mouette du Québec, qui le lâche "devant un endroit ultra chouette : la bibliothèque" (là, j'ai savouré).






Et devinez quelle classe va justement à la bibliothèque ? BINGO !

Détail amusant : j'ai reconnu sur les affiches de la bibliothèque les couvertures de livres de Rebecca Cobb ;-)

Les illustrations sont donc à tomber (surtout celles de la bibliothèque, mais je ne suis pas objective) et l'histoire, bien que pas follement originale, bénéficie du phrasé propre à Julia Donaldson, tout en rimes et assez chantante ...

Un très joli album donc, à découvrir sans tarder !

"La ballade de l'ours nomade", Julia Donaldson et Rebecca Cobb, Les éditions des éléphants, 2017

vendredi 1 septembre 2017

Les lectures d'été de Petit Loulou !


Petit Loulou (qui est rentré en deuxième primaire ce matin, je suis fière !) vous présente deux albums lus cet été !


* "Que font les parents la nuit ?", Thierry Lenain et Barroux, Little Urban, 2017

Mais oui, tiens, que font les parents la nuit ?? C'est vrai ça, c'est une interrogation existentielle des enfants, et dans ce cas-ci, de la petite Sofia, qui s'inquiète un peu de ce qu'il se passe pendant qu'elle dort ...

Alors, pleine d'imagination, elle questionne ses parents, qui à chaque fois démontent son idée, ce qui donne un album bourré d'humour, un peu décalé, qui fait la part belle à l'imagination des petits, et saura rassurer les inquiets ... Car les parents ne font finalement rien d’extraordinaire (genre ils DORMENT enfin). Bizarrement, alors que je m'attendais à un franc succès, mes minis lecteurs ont souri gentiment, et n'ont plus réclamé l'histoire.... qui m'a surtout plu à moi (ça arrive !).




* La baleine et l'escargote", Julia Donaldson et Axel Scheffler, Gallimard jeunesse (en petit format, coll. L'heure des histoires)

Ah, le fameux duo du "Gruffalo"! On adore leurs histoires, ici ...

Cet album nous présente une adorable petite escargote de mer, qui rêve d'aventure ... Un jour, une baleine l'emmène sur sa queue et ensemble elles font le tour du monde et de ses merveilles ... mais la baleine s'échoue sur une plage, un jour où elle s'égare ... La petite escargote, qui face au monde se sentait si petite, n'écoute que son courage et rampe jusqu'à l'école, où elle écrit au tableau avec sa bave (insérer ici un BEEEEERK dégoûté mais ravi de mes enfants) un message demandant de l'aide ... La baleine sera sauvée, et emmènera toutes les copines de l'escargote en vadrouille !



Gros coup de coeur pour cette histoire et ses illustrations ! Le texte est presqu'un poème : les phrases commencent par "Et voici ...", et fait la part belle aux rimes, ce qui le rend très riche, rythmé, presque chantant. Et puis ici, on adore les histoires d'escargot (ne me demandez pas pourquoi, c'est comme ça).

Bientôt, Mini Louloute vous présentera ses deux coups de coeur de l'été, restez aux aguets !

Et bonne rentrée à tous (et aux parents libérés/délivrés) !